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Les marchés émergents offrent un potentiel considérable au secteur de l’assurance. Mais les acteurs qui souhaitent s’y développer ont besoin de bien plus que de produits sur mesure. Ils doivent d’abord réussir à atteindre les populations. Car sans accès aux populations, il n’y a pas d’accès au marché.
À l’échelle globale, plus de la moitié des primes d’assurance sont émises en Europe et en Amérique du Nord, alors que ces deux régions ne représentent même pas 20 % de la population mondiale. Dans de nombreuses régions, il existe encore un important déficit de couverture assurantielle, et par conséquent un fort potentiel de développement. Les acteurs qui posent aujourd’hui les bons fondements en Amérique latine, dans certaines régions d’Asie ou en Afrique du Nord se positionnent sur des marchés d’avenir à fort potentiel.
Mais que faut-il faire pour y parvenir ? De nombreux assureurs développent des produits adaptés aux besoins des clients. Un élément important, certes, mais qui ne se suffit pas à lui seul. Les chances de succès sont plus grandes lorsque le secteur agit en amont. Dans les pays émergents, les populations ne souscrivent une assurance que lorsque les services financiers font partie intégrante de leur vie quotidienne. Cela nécessite avant tout un large accès aux services financiers, une meilleure sensibilisation à la valeur de la couverture d’assurance et une confiance durable dans les institutions. Les assureurs locaux peuvent contribuer activement à façonner cette évolution. C’est possible s’ils engagent un dialogue avec les pouvoirs publics, œuvrent en faveur d’un cadre réglementaire stable, coopèrent avec les banques et les institutions de microfinance, et favorisent leur professionnalisation. Sur cette base, de nouveaux marchés à fort potentiel de croissance émergent progressivement pour le secteur de l’assurance.
Pour ce faire, Tarik Aouad, directeur de la division International Growth Markets à la Deutsche Rück, adopte une approche globale. « Nous accompagnons nos clients sur les marchés internationaux en croissance et souhaitons mettre en commun les expériences acquises dans différentes régions. Ce qui est déjà établi sur un marché peut apporter de précieuses impulsions à un autre marché. Combinée à une expertise locale, à une souscription rigoureuse et à des partenariats de long terme, cette approche crée une valeur ajoutée durable, pour nos clients comme pour Deutsche Rück », indique-t-il.

Source: The Global Findex Database, 2025
Tarik Aouad, directeur de la division International Growth Markets à la Deutsche Rück

Bankok, Thaïlande : Un homme achète des fruits à un étal de rue.
Les conditions de départ diffèrent d’une région à l’autre. Dans de nombreux pays asiatiques, les marchés financiers et de l’assurance connaissent actuellement une croissance particulièrement dynamique. Les outils numériques d’identification des personnes et les systèmes de paiement mobile y ont déjà permis à des millions de personnes d’accéder pour la première fois à des services financiers. « De nombreux pays asiatiques ont l’avantage majeur de pouvoir développer leurs marchés de l’assurance sur une base numérique dès le départ », explique Tarik Aouad. « Les justificatifs d’identité numériques, les systèmes de paiement mobile et la souscription fondée sur les données n’améliorent pas seulement l’efficacité, ils rendent également l’assurance plus accessible et plus abordable pour des millions de personnes », poursuit-il. Les catégories de population les plus jeunes considèrent désormais les offres numériques comme une évidence.
Le marché de l’assurance en Amérique du Sud évolue également de manière notable. En 2025, le cabinet de conseil international McKinsey l’a même classé comme celui affichant la croissance la plus rapide et la meilleure rentabilité au monde. Le Brésil, le Mexique, le Chili et la Colombie sont considérés comme des pionniers. La croissance la plus marquée s’observe actuellement dans les branches de l’assurance dommages, notamment l’assurance des biens et l’assurance accidents de la vie. Parallèlement, la demande en assurance santé augmente, portée par la croissance de la classe moyenne. De nombreux clients découvrent pour la première fois que l’assurance peut faire partie intégrante de leur vie financière quotidienne.
Mais avant de pouvoir souscrire une police d’assurance, certaines conditions doivent être remplies. « En Amérique latine, les populations ont avant tout besoin d’une meilleure compréhension des bénéfices d’une couverture, de règles claires et d’une confiance profonde », souligne la Dr Mariana Vilmondes, qui prendra prochainement la responsabilité du marché latino-américain au sein de la division International Growth Markets à la Deutsche Rück. Ce n’est qu’alors que de nouveaux groupes de clients et des structures de marché stables se développent progressivement.

Avec ses 21,2 millions d’habitants, São Paulo est l’une des métropoles les plus peuplées au monde.
Le secteur de l’assurance en Afrique du Nord connait lui aussi une croissance constante. Le Maroc y joue un rôle clé, explique Laurent Beauregard, responsable du marché pour la France, la Belgique, le Luxembourg et le Maghreb au sein de la filiale de la Deutsche Rück, DR Swiss. « Avec Casablanca Finance City, son centre financier moderne, le pays se positionne comme une plateforme financière pour l’Afrique et s’ouvre de plus en plus aux investisseurs internationaux », observe-t-il.

Immeubles d’habitation et de bureaux modernes à Finance City, dans le quartier d’Anfa Park à Casablanca, au Maroc
Cependant, les valeurs culturelles influencent ces marchés plus qu’ailleurs. « Les musulmans sont souvent sceptiques à l’égard de l’assurance-vie, car ils la considèrent comme un pari sur la vie, ce qui n’est pas compatible avec leurs convictions religieuses », continue-t-il. Mais les comportements évoluent. « Peu à peu, les populations prennent conscience de l’intérêt de l’assurance-vie comme solution d’épargne. Elle permet d’épargner tout en protégeant sa famille en cas de décès », ajoute-t-il.
Quel que soit le degré de maturité de ces différents marchés, le principe suivant s’applique : un compte bancaire, des connaissances financières de base, et une crédibilité réglementaire, constituent des conditions essentielles pour poursuivre le développement du secteur de l’assurance. Ce n’est que sur cette base que les solutions d’assurance individuellement adaptées aux besoins des populations ont de réelles chances de succès.
Laurent Beauregard, responsable de marché pour la France, la Belgique, le Luxembourg et le Maghreb chez DR Swiss
Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2025, 79 % des adultes dans le monde possèdent un compte auprès d’une banque ou d’un prestataire de services de paiement mobile, contre seulement 51 % en 2011. Mais les différences entre régions sont importantes. En Europe, presque tous les adultes utilisent des services bancaires. De nombreux pays asiatiques enregistrent également des taux supérieurs à 80 %. En Amérique latine, en revanche, on tombe à environ 60 % des adultes qui sont intégrés au système financier. Et en Afrique du Nord, c’est souvent moins de la moitié. Or, sans inclusion aux services de paiement, l’accès à l’assurance reste souvent impossible.
Ce manque d’infrastructure n’est pourtant pas une fatalité. L’Inde a, par exemple, montré de manière remarquable à quel point une volonté politique forte peut transformer l’inclusion financière. Avec son programme Pradhan Mantri Jan Dhan Yojana, lancé en 2014, le gouvernement a instauré des comptes bancaires sans frais et sans dépôt minimum, offrant aux populations un accès simplifié aux assurances publiques et au crédit. En quelques années seulement, plus de 500 millions de nouveaux comptes ont été créés, dont beaucoup pour des personnes qui entraient pour la première fois en contact avec le système financier.
De telles mesures enclenchent ensuite une évolution globale des pratiques. « De plus en plus de personnes apprennent à utiliser des produits financiers et construisent progressivement un historique financier », résume Tarik Aouad. « Les services numériques permettent également de surmonter les longues distances et d’atteindre les populations jusque dans les régions les plus isolées », précise-t-il. Au fil du temps, la confiance dans les produits financiers grandit, tout comme la disposition à souscrire une assurance.

Nouveaux titulaires d’un compte bancaire ouvert dans le cadre du programme PMJDY lors d’une campagne d’information publique à Bungtlang South, un village situé à la frontière entre l’Inde et le Myanmar, dans le district de Lawngtlai (Mizoram), le 14 novembre 2014
Tout aussi important que l’accès aux services financiers, le développement de l’éducation financière permet aux populations de mieux comprendre les mécanismes financiers. Le Groupe financier des caisses d’épargne allemandes (« Sparkassen-Finanzgruppe ») soutient, par exemple, via des fondations, des institutions financières locales en Amérique latine afin de les aider à se professionnaliser, à proposer des services financiers aux petites et moyennes entreprises, et à mettre en place des programmes d’éducation financière destinés à la population. « Les populations d’Amérique latine ne peuvent prendre des décisions financières éclairées et gérer leur argent de manière responsable que si elles disposent d’un certain niveau de connaissance de base dans le domaine financier », explique la Dr Mariana Vilmondes.
Projet régional de la Fondation allemande des caisses d’épargne pour la coopération internationale : Amélioration de l’accès durable aux services financiers grâce au renforcement des structures de formation et professionnelles en Amérique centrale et du Sud. Avec la brochure « Yo mis finanzas » (« Moi et mon argent »), les micro-entrepreneuses d’Amérique latine et des Caraïbes apprennent à mieux gérer leur argent.
Projet régional de la Fondation allemande des caisses d’épargne pour la coopération internationale : Amélioration de l’accès durable aux services financiers grâce au renforcement des structures de formation et professionnelles en Amérique centrale et du Sud. Avec la brochure « Yo mis finanzas » (« Moi et mon argent »), les micro-entrepreneuses d’Amérique latine et des Caraïbes apprennent à mieux gérer leur argent.
Plus les gens sont capables d’évaluer les risques, les probabilités, et leur propre capacité financière à faire face aux imprévus, plus ils sont susceptibles de reconnaître la valeur de l’assurance. « Les assureurs locaux ont également pour mission de mener un important travail de sensibilisation de base », poursuit la Dr Mariana Vilmondes. Car, tant que les contrats d’assurance sembleront complexes, ils continueront à rebuter de nombreuses personnes. En revanche, lorsque les assureurs présentent leurs produits de manière claire et accessible, la confiance s’installe et l’envie de souscrire augmente.
Dr Mariana Vilmondes, future responsable du marché latino-américain à la Deutsche Rück


La confiance envers les banques et les compagnies d’assurance ne se construit pas seulement grâce aux acteurs humains, mais aussi grâce à des régulateurs fiables. Dans les pays où les autorités de contrôle et les responsables politiques instaurent de la transparence et donnent des gages de fiabilité, l’activité se développe.
Le Maroc en est un exemple. L’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) y a créé une plateforme numérique dédiée à la gestion des sinistres. Elle met les assurés en relation avec les assureurs, accélère le traitement des demandes d’indemnisation et permet aux assurés de suivre à tout moment l’état d’avancement de leurs dossiers. « Cela envoie un message fort : ici, l’assurance fonctionne », avance Laurent Beauregard. « Cela permet également aux personnes qui avaient jusqu’alors peu d’expérience des dispositifs de protection formels de gagner confiance dans le système », ajoute-t-il.
Tarik Aouad, directeur de la division International Growth Markets à la Deutsche Rück
Même si les régions se développent à des rythmes différents, elles montrent toutes une chose : avec l’inclusion financière, le besoin de protection augmente lui aussi. « L’assurance ne fait véritablement partie du quotidien que lorsqu’elle est accessible, compréhensible et digne de confiance. C’est là que réside le formidable potentiel de nombreux marchés internationaux en croissance » résume Tarik Aouad. Il ne s’agit toutefois pas d’un projet à court terme, mais d’un effort qui s’inscrit sur plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Place Assarag à Taroudant, au Maroc
L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui le principal moteur de la transformation du secteur de l’assurance. Mais, tandis que l’attention se porte sur les effets de l’intelligence artificielle sur la relation client, la gestion des sinistres ou la distribution des produits d’assurance, un domaine de l’activité d’assurance est jusqu’à présent resté relativement à l’écart, celui des répercussions de l’IA sur la souscription en assurance dommages.
Cela pose une question fondamentale aux assureurs : l’utilisation de l’IA modifie-t-elle le risque assuré ? Et si oui, dans quelle mesure ? Aujourd’hui, l’intelligence artificielle trouve de nombreuses applications dans le secteur industriel. Elle pilote des installations de production, optimise les opérations de maintenance, surveille les bâtiments, détecte les défauts de qualité et prend de plus en plus de décisions de manière autonome au sein des entreprises.
L’IA s’impose ainsi comme une technologie clé de la quatrième révolution industrielle, ouvrant la voie à l’usine intelligente (« Smart Factory »). Elle joue un rôle de catalyseur pour la transformation numérique dans les domaines du Big Data, de la robotique et de l’Internet des objets. Le recours massif à des puces pilotées par l’IA, notamment dans les processus de production, met en évidence l’ampleur des risques encourus si, par exemple, une IA défaillante venait à provoquer des interruptions d’activité à grande échelle.
Les souscripteurs sont confrontés à plusieurs défis. « L’IA n’est pas un risque isolé, mais une technologie transversale », pose Daniel Hernandez, souscripteur senior pour les affaires facultatives non-vie et responsable de la gestion de la branche non-vie à la Deutsche Rück. « Le véritable danger pour les assureurs ne réside pas dans chaque application d’IA prise isolément, mais dans l’accumulation de risques non détectée au sein des garanties existantes », poursuit-il.
Le risque est souvent difficile à percevoir, car l’IA est intégrée dans des machines, des bâtiments, des systèmes de contrôle et des chaînes d’approvisionnement. Les conséquences peuvent toutefois être très concrètes lorsque le sinistre se manifeste de manière tout à fait classique et physique, par exemple sous la forme d’un arrêt de production, d’un dysfonctionnement des systèmes de commande ou de dommages causés par un incendie. Or, la cause est souvent liée au logiciel, ce qui peut brouiller les frontières entre l’assurance dommages, l’assurance cyber et l’assurance responsabilité du fait des produits. À cela s’ajoute un risque considérable d’accumulation lié à l’utilisation, parfois à l’échelle mondiale, des mêmes modèles d’IA, des mêmes infrastructures cloud et des mêmes bibliothèques logicielles.
Daniel Hernandez, souscripteur senior pour les affaires facultatives non-vie et responsable de la gestion de la branche non-vie à la Deutsche Rück
La question est de savoir dans quelle mesure les polices d’assurance existantes couvrent ces risques. On retrouve ici des parallèles avec l’assurance cyber et les « risques cyber silencieux ». Les « risques silencieux » désignent des expositions au risque qui ne sont pas explicitement modélisées ni clairement prévues dans les contrats des couvertures d’assurance existantes, et qui peuvent résulter d’évolutions technologiques, réglementaires ou sociétales. Et le risque d’IA silencieuse apparaît actuellement comme un nouveau risque structurel lié à l’utilisation croissante de l’IA par les clients.
Dans le cas du cyber silencieux, certaines couvertures traditionnelles comportaient parfois des exclusions relatives aux risques cyber. Sur le marché américain, on parle d’ailleurs déjà aujourd’hui d’IA « silencieuse ». En revanche, en Europe tout du moins, les exclusions de garantie relatives à l’IA restent à ce jour très rares. « Pour les assureurs, il s’agit désormais de reconnaître l’importance stratégique de l’IA silencieuse et d’examiner leurs portefeuilles afin d’en identifier les risques potentiels », explique Daniel Hernandez.


Deux domaines d’application illustrent de manière particulièrement parlante les risques que peut présenter l’IA embarquée pour les assureurs dans le secteur industriel. Les bâtiments intelligents modernes utilisent l’IA pour contrôler le chauffage, la ventilation, l’éclairage et les systèmes de sécurité. À l’aide des données fournies par des capteurs, ces systèmes analysent les schémas d’occupation, la consommation d’énergie, ou les données météorologiques, et prennent des décisions de manière autonome. Les contrôles d’accès sont renforcés par la reconnaissance d’images, tandis que des caméras de sécurité analysent les schémas de déplacement en temps réel.
Ces systèmes améliorent considérablement l’efficacité et le confort. Dans le même temps, de nouvelles dépendances apparaissent. Des décisions erronées ou des dysfonctionnements techniques peuvent avoir des répercussions sur la protection incendie, la sécurité des bâtiments ou le fonctionnement de l’entreprise, et constituer ainsi un risque pour les assureurs.
Un autre exemple est celui de la maintenance prédictive. Au lieu de contrôler les machines à intervalles de maintenance fixes, les systèmes d’IA analysent en continu les données issues des capteurs, telles que les vibrations, la température ou la consommation électrique. À partir de données historiques, le logiciel détermine le moment optimal pour effectuer la maintenance et estime la durée de vie résiduelle de chaque composant.
Mais que se passe-t-il si les prévisions sont erronées ? Qui est responsable lorsqu’un algorithme ne détecte pas un défaut critique ? Et comment évolue la probabilité de survenance d’un sinistre lorsque les entreprises fondent entièrement leurs stratégies de maintenance sur des modèles d’IA ? À ce jour, il est difficile de répondre à ces questions sur la seule base des données historiques relatives aux sinistres.


De nombreux assureurs examinent actuellement dans quelle mesure les risques liés à l’utilisation de l’IA sont déjà implicitement couverts par les contrats existants. Mais comment quantifier ces risques ? Existe-t-il des sources de danger concrètes et clairement identifiables ? Est-il déjà possible aujourd’hui de gérer activement ce risque ? « En matière de gestion des risques liés à l’IA dans le domaine de la souscription, le secteur de l’assurance n’en est encore qu’à ses débuts », observe Daniel Hernandez. Il n’y a pas encore de recommandations concrètes. Il est donc d’autant plus important que les assureurs commencent par acquérir une bonne compréhension de l’IA en tant que technologie transversale, appelée à transformer profondément transformer l’économie et la société.
Il s’agit également de suivre de près les évolutions actuelles du marché en matière de gestion des risques liés à l’IA et de veiller à une parfaite transparence quant à sa propre exposition aux risques. Daniel Hernandez en est convaincu « Le secteur relèvera les défis posés par l’IA et apprendra à s’en servir également dans le domaine de la souscription », conclut-il.
Daniel Hernandez, souscripteur senior pour les affaires facultatives non-vie et responsable de la gestion de la branche non-vie à la Deutsche Rück

Fondée en 1951, la Deutsche Rück est aujourd’hui l’un des principaux réassureurs sur le marché allemand et un partenaire de référence, présent dans environ 80 pays à travers le monde. Pourtant, ses débuts en tant que réassureur des assureurs publics dans l’Allemagne d’après-guerre ont été loin d’être faciles.
L’histoire de la Deutsche Rück est marquée par la croissance et l’innovation, mais aussi par des périodes de réorientation. C’est surtout dans les périodes difficiles qu’il est apparu à quel point une structure actionnariale stable et des fondations communes étaient essentielles. Cela s’est déjà vérifié lors de sa création. En effet, la Deutsche Rück n’est pas née d’une opportunité de marché, mais d’un besoin concret.
Sur 43 assureurs publics, seuls 24 avaient survécu à la Seconde Guerre mondiale. Ils étaient tous confrontés au même défi : à eux seuls, ils étaient trop petits pour supporter durablement les risques majeurs liés aux incendies et aux catastrophes naturelles. En effet, le dispositif suprarégional de mutualisation des risques qui existait avant la guerre avait disparu, les obligeant à se réorganiser. La réponse n’a pas été une solution individuelle, mais collective : la créations de leur propre réassureur, soutenu par l’ensemble des assureurs publics. Le 22 août 1951, la « Deutsche Rückversicherung Aktiengesellschaft » a été fondée à Bernkastel-Kues, sur les rives de la Moselle. Sa mission fondatrice la guide encore aujourd’hui.
Là où tout a officiellement commencé : l’hôtel « Zur Post » à Bernkastel-Kues existe encore aujourd’hui. Illustration : carte postale de Bernkastel-Kues, vers 1910
Là où tout a officiellement commencé : l’hôtel « Zur Post » à Bernkastel-Kues existe encore aujourd’hui. Illustration : carte postale de Bernkastel-Kues, vers 1910
Après sa création, la Deutsche Rück ne perdit pas de temps et ouvrit ses premiers bureaux à Hambourg, dans un premier temps en tant que sous-locataire de la Hamburger Feuerkasse, dans deux bureaux, avec une équipe de cinq collaborateurs. Elle effectua ensuite un premier déménagement à Hambourg, au sein de son propre immeuble de bureaux, situé sur les rives de l’Außenalster. En effet, dans les années 1950 et 1960, la Deutsche Rück était en pleine phase de croissance. Cette croissance s’est faite non pas plus rapidement que celle de ses actionnaires, mais à leurs côtés. La reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, le boom de la construction et la position solide des assureurs publics dans leur cœur de métier, l’assurance des bâtiments, se sont directement reflétés dans l’activité de réassurance.


L’une des premières grandes épreuves auxquelles furent confrontés les assureurs publics, et par conséquent, la Deutsche Rück, fut la tempête et les inondations qui ont frappé Hambourg en 1962. Les assureurs publics étaient, et restent encore aujourd’hui, leaders sur une grande partie du marché allemand de l’assurance des bâtiments. La gestion des risques naturels a donc très tôt fait partie de l’ADN de la Deutsche Rück.
La grande tempête de 1962 à Hambourg a montré l’ampleur du risque de dommages naturels chez Deutsche Rück. À l’époque, certaines parties de la ville hanséatique avaient été inondées. Plus de 300 personnes avaient perdu la vie.
La grande tempête de 1962 à Hambourg a montré l’ampleur du risque de dommages naturels chez Deutsche Rück. À l’époque, certaines parties de la ville hanséatique avaient été inondées. Plus de 300 personnes avaient perdu la vie.
Au début des années 70, des sinistres importants en assurance incendie et une inflation en forte hausse ont progressivement mis à rude épreuve le bilan de la Deutsche Rück. À cela s’ajouta le fait que la crise pétrolière de 1973 mit un terme à la période de croissance et fit basculer l’économie allemande dans la récession. Pour la première fois depuis sa création, les recettes de primes de la Deutsche Rück étaient en baisse.
L’idée était que les affaires réalisées à l’étranger offriraient non seulement une meilleure diversification des risques, mais permettraient également de relancer la croissance. La Deutsche Rück fit son entrée sur le marché londonien. Cela apporta certes de la croissance, mais surtout des activités très exposées aux sinistres et fortement déficitaires. La crise de l’amiante et celle de la responsabilité civile à la fin des années 80, ainsi que la célèbre « spirale des réassureurs » sur le marché londonien, achevèrent de fragiliser la situation. Aux pertes liées aux activités à l’étranger vinrent s’ajouter, au début des années 1990, des charges exceptionnelles issues du marché allemand, provoquées par la plus grande série de tempêtes jamais enregistrée jusqu’alors. Il en résulta la plus grande, mais aussi la seule, crise de l’histoire de la Deutsche Rück.
Les tempêtes DARIA, HERTHA, JUDITH, POLLY, VIVIAN et WIEBKE ont causé à la compagnie les dommages les plus importants de son histoire à ce jour. La photo montre des arbres déracinés par WIEBKE près de Sauerlach.
Les tempêtes DARIA, HERTHA, JUDITH, POLLY, VIVIAN et WIEBKE ont causé à la compagnie les dommages les plus importants de son histoire à ce jour. La photo montre des arbres déracinés par WIEBKE près de Sauerlach.
Avec le recul, on constate que : la stratégie d’internationalisation avait été bien pensée, mais mal mise en œuvre. L’expérience sur ces marchés faisait défaut, certains partenaires se révélèrent problématiques et l’on avait pris en charge des risques dont on ne maîtrisait pas totalement l’étendue. Une leçon essentielle devait par la suite contribuer à son succès : la diversification ne fonctionne que si l’on est réellement en mesure de comprendre et d’évaluer les nouveaux risques.
Mais ce qui allait véritablement marquer l’avenir de la Deutsche Rück, ce n’était pas la crise elle-même, mais la réponse qui y fut apportée. Grâce à une opération de redressement solidaire menée par l’ensemble des assureurs publics en 1993, la Deutsche Rück fut sauvée et surmonta sa crise. Les activités de la Deutsche Rück au Royaume-Uni furent suspendues et l’entreprise se retira complètement des activités à l’étranger.

Tous sous un même toit, illustration du bâtiment situé au 166, Roßstraße
La crise fut un tournant majeur – et posa les bases de la Deutsche Rück telle qu’on la connaît aujourd’hui. Elle a dû se réorganiser en profondeur, tant sur le plan stratégique que dans ses orientations métier. En 1989, la Deutsche Rück quitta les rives de l’Elbe pour s’installer sur les bords du Rhin. En effet, Düsseldorf s’imposait progressivement comme le centre des activités suprarégionales des assureurs publics. C’est là qu’elle a uni ses forces avec les deux fédérations des assureurs publics qui existaient encore à l’époque, pour former une communauté de direction et d’administration.
Parallèlement, le marché connut une mutation profonde : avec la déréglementation du marché intérieur de l’UE au milieu des années 90, la concurrence entre les assureurs directs s’intensifia soudainement. Les assureurs publics durent se repositionner – et avaient besoin de davantage de soutien pour y parvenir. C’est précisément à ce moment-là que la Deutsche Rück a pu redéfinir son rôle : ne plus se contenter d’être un simple porteur de risques, mais devenir un véritable partenaire des assureurs publics.
La série de tempêtes hivernales dévastatrices de 1990 rappela une nouvelle fois aux assureurs publics l’ampleur des menaces auxquelles ils étaient exposés. Un élément central de cette réorientation fut donc le développement d’un savoir-faire, notamment dans le domaine de la modélisation des risques naturels.
Au début des années 90, les analyses des risques naturels étaient encore peu précises et ne permettaient qu’une différenciation géographique limitée. Avec son nouveau centre NatCat, la Deutsche Rück commença toutefois à analyser de manière de plus en plus systématique et détaillée les risques liés aux tempêtes, aux inondations et aux séismes à l’échelle régionale, et à les intégrer dans l’évaluation des risques – une véritable démarche pionnière pour l’époque.
L’idée sous-jacente était : non seulement d’indemniser les sinistres, mais aussi de mieux comprendre les risques – et ainsi les rendre plus prévisibles, plus facilement quantifiables et donc mieux maîtrisables. Aujourd’hui, ce savoir-faire est indissociable de la marque « Deutsche Rück » en Allemagne.

Avec sa « Sturmdokumentation », Deutsche Rück témoigne depuis 1997 de son expertise particulière en matière de risques naturels. Dans ces documents, les experts en risques naturels décrivent et analysent les phénomènes météorologiques survenus en Allemagne et fournissent des informations de fond essentielles permettant de contextualiser ces événements sur le plan météorologique et en termes de dommages, ainsi que de tirer les conclusions appropriées concernant les risques naturels actuels et futurs.
C’est sur cette base qu’a été franchie une nouvelle étape prudente vers l’international. En 2000, la Deutsche Rück fonda à Zurich sa filiale DR Swiss. Une première petite étape vers l’expansion était ainsi franchie. Depuis lors, la Deutsche Rück reste fidèle à deux principes stratégiques essentiels : ne souscrire que les risques qu’elle est en mesure de bien comprendre et d’évaluer, et générer par ses propres moyens le capital-risque nécessaire à son expansion.
Le quartier général de DR Swiss, situé dans la Schweizergasse à Zurich
Le quartier général de DR Swiss, situé dans la Schweizergasse à Zurich
En 2005, la Deutsche Rück franchit une nouvelle étape, cette fois en terrain familier. Elle renforça sa présence sur les marchés allemand, autrichien et suisse.
En 2009, elle poursuivit son développement sur les marchés d’Europe centrale et orientale. La Deutsche Rück y intervient en tant que réassureur suiveur dans son cœur de métier, l’assurance dommages.
Par ailleurs, au cours des cinq dernières années, elle a renforcé avec succès sa présence sur les marchés en forte croissance du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Amérique latine. Depuis 2024, la Deutsche Rück développe également avec succès des activités de souscription en assurance vie dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord).




En cette année anniversaire, la Deutsche Rück est présente dans environ 80 pays à travers le monde. Son histoire illustre clairement ce qu’elle incarne aujourd’hui et ce qu’elle incarnera à l’avenir : c’est une entreprise de taille moyenne qui a réussi à associer tradition et modernité, qui entretient avec ses clients des relations partenariales fondées sur l’égalité, qui recherche volontairement des partenariats de long terme et qui mise sur une souscription rigoureuse, une gestion active des risques et un pilotage clair de son portefeuille, indépendamment des marchés de capitaux et avec les assureurs publics comme actionnaires fiables et stables.

En 75 ans, la Deutsche Rück a parcouru un long chemin : d’une sous-locataire de la Hamburger Feuerkasse comptant cinq employés, elle est devenue un réassureur reconnu et fiable sur le marché. Sur son nouveau site de Düsseldorf, environ 280 employés poursuivent aujourd’hui cette histoire de succès, en s’appuyant sur des bases solides et en regardant résolument vers l’avenir.

En 75 ans, la Deutsche Rück a parcouru un long chemin : d’une sous-locataire de la Hamburger Feuerkasse comptant cinq employés, elle est devenue un réassureur reconnu et fiable sur le marché. Sur son nouveau site de Düsseldorf, environ 280 employés poursuivent aujourd’hui cette histoire de succès, en s’appuyant sur des bases solides et en regardant résolument vers l’avenir.

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Deutsche Rückversicherung Aktiengesellschaft
Heerdter Lohweg 53
40549 Düsseldorf, Allemagne
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Deutsche Rückversicherung/Verband öffentlicher Versicherer, Düsseldorf;
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Publié en septembre 2026
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